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Le développement qui suit, est dans la lignée du texte critique d’un épisode de la série télévisée Les Envahisseurs. Le pauvre bougre halluciné David Vincent voit des soucoupes volantes. Et il a beau développer ses thèses loufoques pendant 47 épisodes, il n’apporte jamais de preuve.


Soyons raisonnable : il est fou. Mais d’une certaine manière qui demande des explications. Par contre, autant le dire tout de suite, les producteurs eux ne sont pas barjots. Ils ont compris avant les autres l’attrait du public pour le conspirationnisme et l’invérifiable.

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Laissons parler les anciens. L’Henri Ey est ce manuel de psychiatrie qui nous accompagnait pendants nos études ? Et en dehors de quelques « explications » psychopathologiques, il n’a pas trop vieilli. La description des symptômes se défend toujours très bien.

Remarque préalable. Les délires paranoïaques sont les plus difficiles à comprendre par le grand public. Il est contradictoire pour le tout venant, d’être à la fois « fou » et cohérent. La folie étant associée communément aux délires « invraisemblables » et aux comportements brindezingues. On voit cela régulièrement dans les procès. « vous voyez bien qu’il n’est pas fou »… signifiant il ne fait pas n’importe quoi.

LES DÉLIRES SYSTÉMATISÉS (PSYCHOSES PARANOÏAQUES)

« Ces Délires sont dits systématisés car :

1° ils sont pris dans le caractère et la construction même de la personnalité du délirant ;

2° ils se développent dans l’ordre, la cohérence et la clarté (Kraepelin).

Ils sont caractérisés par leur construction en quelque sorte « logique » à partir d’éléments faux, d’erreurs ou d’illusions qui sont comme les « postulats » (de Clérambault) du roman délirant. Ils réalisent une polarisation de toutes les forces affectives dans le sens d’une construction délirante qui subordonne toute l’activité psychique à ses fins.

Les symptômes de ce Délire (interprétations, illusions, perceptions délirantes, activités hallucinatoires, fabulations, intuitions) sont tous réductibles à une pathologie des croyances, car les idées délirantes enveloppent dans leur conviction dogmatique tous les phénomènes qui constituent l’édification, par la pensée réfléchie du Délirant, du système de son monde.

Ces Délires correspondent aux concepts anciens de Monomanie ou de Paranoïa systématique. Parfois on les appelle « paranoïaques » pour cette raison et aussi parce que le caractère dit paranoïaque (méfiance, orgueil, agressivité, fausseté du jugement, psychorigidité) constitue un aspect fondamental de la personnalité de beaucoup de ces malades.

Relativement cohérents par leur forme systématique même, ces Délires se présentent à l’observateur (entourage, médecin, juges) comme relativement plausibles. D’où leur puissance de conviction ou de contamination {délire à deux ou délire collectif où le Délirant inducteur fait activement participer à son Délire, à titre de délirant induit, des tiers, le plus souvent des proches).

Nous parlons ici de Psychoses délirantes et non pas de simples « caractères paranoïaques », notion dont on fait un tel abus qu’il faut bien exiger une analyse clinique très approfondie pour justifier son emploi en psychopathologie. »

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Nous nous intéressons plus particulièrement dans le cas de David Vincent au délire d’interprétation dit de Sérieux et Capgras.

« Ce Délire constitue une sorte de « folie raisonnante », dans ce sens qu’il obéit à un besoin, voire à une manie, de tout expliquer, de tout « déchiffrer », conformément à un système fondamental de signification. Ces délirants anciennement appelés « monomanes intellectuels » (Esquirol), « arrangeurs » (Leuret), sont presque toujours des « persécutés » qui falsifient tout ou partie de leurs perceptions, de leurs souvenirs ou de leurs prévisions en fonction de leur croyance délirante basale…

Nous devons signaler ici du point de vue pratique l’importance des réactions médico-légales de ces grands malades qui mettent au service de leur délire une agressivité parfois farouche et toujours tendue. Ce sont presque tous des persécutés-persécuteurs.

Les réactions scandaleuses pour attirer l’attention du voisinage ou de la police sur leurs droits ou les persécutions qu’ils endurent ; les plaintes au commissariat, les pamphlets, les divers moyens défensifs ou offensifs (procès, filatures policières, vol de documents, etc.) qu’ils emploient, sont très fréquents.

Mais tous les coups et blessures à des persécuteurs, l’incendie par vengeance ou le vol de représailles peuvent aussi s’observer.

Naturellement, c’est surtout le meurtre qui est le plus à craindre, soit que consciemment les délirants veuillent se débarrasser ou se venger de leurs ennemis, soit qu’inconsciemment ils désirent se châtier eux-mêmes.

Les Délires dont nous venons de faire une brève description entrent en gros dans le concept de Paranoïa ou de Psychose paranoïaque.

Kraepelin (1899) définissait la paranoïa comme un développement insidieux sous la dépendance de causes internes et selon une évolution continue d’un système délirant durable et impossible à ébranler qui s’instaure avec une conservation complète de l’ordre et de la clarté dans la pensée, le vouloir et l’action.

Ces Délires (correspondant, rappelons-le, au concept de Monomanie ou de Délire chronique systématisé des anciens auteurs) ont fait l’objet de travaux remarquables dans l’école française… »

Je préfère ne pas continuer sur cette lancée explicative, car Ey est gagné par les idées freudiennes en vogue à l’époque. Il en vient à citer Lacan… Alors là il faut fuir !

https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Vincent_(personnage)

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