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Il y a deux choses qui m’exaspèrent en fin de consultation…

… quand la patiente est enfin rhabillée, qu’elle a soigneusement plié son ordonnance, sa feuille de maladie, rangés en force dans une poche de veste ou un sac trop petits pour les y accueillir, c’est d’entendre :

« Docteur, au fait, ON ( pronom indéfini déculpabilisant ) n’a pas fait le frottis, ça fait plus d’un an ! » C’est là où je regrette de ne pas suivre ces p….. de R.M.O !!

Et, maintenant, en plus :

« Docteur, et le carnet de santé ? ON l’a pas rempli ! »

Allez ! Encore une qui ne jette pas tous les courriers ressemblant à des jeux, en espérant gagner trois millions sous la Cellophane magique des V.P.C.

Impossible, à celle là de lui sortir mon laïus sur la non-confidentialité, sur le risque de demande d’examen du carnet par un employeur indélicat, lors d’un entretien d’embauche, sans témoins.

Cette…… ne travaille pas, son brave mari étant un de ces patrons trop curieux de la santé ( et plus si affinités ) de ses employées.

ON repart, alors, en plongée avec la frontale et quatre jours de vivres dans le cabas prétentieusement siglé, afin de récupérer l’objet. Après avoir sorti un chéquier professionnel pour abus de biens sociaux, un agenda, deux Tampax, ON le retrouve, plein de miettes de madeleines laissant supposer un grignotage farouchement nié jusque là.

Devant ma triste figure, comme si mon pied droit avait choisi d’explorer contre ma volonté, les restes digérés de son Belmondesque Yorkshire, ON me propose de me le laisser, afin de prendre mon temps pour le remplir correctement. Elle est vraisemblablement persuadée que je suis insomniaque, dormant dans mon bureau seul avec mes dossiers, la porte ouverte, à espérer sa visite en nuisette cellulitophobe.

Avec un sourire hypocrite je lui arrache, pas la dentelle emballant les rillettes, mais son « fucking » carnet que j’essaye de remplir laborieusement m’aidant d’un dossier parfaitement tenu qu’au bout de cinq minutes je m’aperçois être celui d’une homonyme.

Suit, alors, un appel gentiment exaspéré à la secrétaire, qui, après douze sonneries ( le café n‘est bon que chaud !), répond sournoisement qu’elle ne peut être partout, et certainement pas là où j’aimerais l’envoyer en ce moment.

Obligé de sortir devant ce peu d’empressement ancillaire, je jette un regard sensé apaiser une salle où le mot attente, commence à prendre un sens lourd de réalité indignée, et m’empare héroïquement du dossier.

Il me faut maintenant, après avoir vainement tenté d’interrompre la trajectoire agressive de l’élastique entourant le passé médical documenté, en tirer la substantifique moelle.

Je reprends les lettres de mes confrères, classées dans l’ordre aléatoire d’une arrivé d’un Grand Prix de l’Arc de Triomphe, pliées comme des Origami, mais heureusement tapées à la machine.

Ceci me permet de redécouvrir des antécédents oubliés, non elle ne s’appelait pas Marcel avant son opération au Maroc, des intolérances étiquetées par elle ou sa concierge, allergies, une coloscopie dédouanant sa colite cancérophobe actuelle.

Fier de mon travail de paléographe, je lève les yeux pour m’apercevoir que le post-prandial a eu son effet narcotique et qu’un rictus Jocondesque souligné d’un filet de salive allume son visage endormi.

Une quinte de toux ferme mais polie la sort de ses fantasmes, merci à Slaughter et Soubiran, et c’est avec un regard lourd, comme le reste qu’elle me quitte, oubliant sur un coin de chaise un carnet jaune et bleu chargé de rêves de midinette.

FIN

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